Ils vont faire d’une pâture une terre de maraîchage
Jeudi 30.10.2008, 05:02 -Lu dans La Voix du Nord Par EMMANUEL CRÉPELLE
ecrepelle@lavoixdunord.fr et photos de SAMI BELLOUMI
Jean-Marie et Frédéric font tout à la main: jusqu’à décaisser la terre pour plus tard couler une dalle de béton !
Une grande pâture, un vieux corps de ferme, quelques outils, des piquets posés ça et là et trois tentes plantées à même le sol. C’est le lieu de vie de Jean-Marie Honoré et Frédéric Bourgeois, à Boisleux-Saint-Marc, avec à la clef un projet ambitieux : un maraîchage biologique avec transformation des produits de culture et vente de pain.
Jean-Marie et Frédéric ont en points communs, de fréquenter le même syndicat du côté de Béthune en plus d’être tous les deux au RMI. Mais, ils partagent aussi une conception du monde tournée vers les autres plutôt que vers l’enrichissement personnel. Et cela fait longtemps que les deux amis avaient en projet de créer leur propre activité paysanne, partant d’un constat simple : « On nous dit de manger cinq fruits et légumes par jour des gens comme nous ne pouvons pas se les payer. » Seul problème et de taille quand on veut faire de la culture : trouver une terre disponible. Trois ans de recherches vaines par manque de moyens financiers et finalement, une solution se présente via l’association Avenir (adossée à la Maison des paysans). La communauté de communes du Sud-Arrageois, au titre de la trame verte et bleue, cherchait à faire entretenir un espace prairie humide d’1,8 ha. Banco ! Les deux parties viennent de signer une mise à disposition de six ans. l’aventure commence. Elle est soutenue par quelques financeurs comme la Région, un club d’investisseurs, peut être la communauté de communes… Mais, c’est surtout les copains et amis qui vont donner un coup de main.
Et tout est à faire. D’abord désherber, remettre en état le terrain, commencer les premières plantations, installer les arbres fruitiers, rénover entièrement le bâtiment, l’agrandir (avec des éco-matériaux) et construire un four à pain alimenté par le bois des arbres alentour… La tâche est immense et même à deux, et même sans matériel automatique, les deux amis ne perdent pas leur optimisme. « Nous vivons ici à la semaine depuis août et, petit à petit, on avance. Nous allons pouvoir commencer nos premières cultures au printemps. Ce sera vraiment une année test, parce qu’on ne connaît pas les qualités de la pâture et que nous allons cultiver bio. » Le projet est global. Les légumes du potager seront transformés via le four à pain pour en faire des tourtes, les fruits termineront en tartes le restant sera constitué en paniers et vendu à des particuliers qui auront adhéré à l’AMAP (Association pour le maintien de l’agriculture paysanne) qui sera créée à terme. « Certes, il faudra encore du temps pour que tout soit réalisé. Mais, pour nous c’est un projet de vie, au grand air et en indépendance. Montrer que l’on peut cultiver autrement, et dire que l’avenir d’une culture c’est s’occuper du sol sur lequel on cultive plutôt que la plante elle-même. Ici notre sol est intact. » Reste à espérer que Dame nature saura récompenser tous ces efforts.


